Mustang. Soumission impossible.

Mustang

Faut-il aller voir Mustang ?

30 ans après Midnight Express, on reparle des prisons turques au cinéma. Comme d’habitude, le gardien est moustachu, il y a des barreaux au fenêtres, mais cette fois, la cellule est familiale.

C’est l’histoire de Lale et ses quatre soeurs qui font les andouilles dans l’eau. C’est innocent, ou presque. Il y a des garçons et quelques chatouilles. Rien de bien méchant, si ce n’est le regard du village, la désapprobation générale et la honte familiale.

“Les chatouilles, psalmodie la grand-mère. C’est pour les putes. Même phonétiquement, c’est un mot dégueulasse.” Les quatre soeurs se retrouvent enfermées derrière des robes informes et des murs à pics. On les tient cloîtrées jusqu’à ce que les vierges se marient. Mais essayez donc d’enfermer cinq jeunes filles pubères dans une pièce…

Si un réalisateur français (salut Stéphane !) avait réalisé ce film, il aurait peint les murs en noir. Il aurait voilé les filles, de la tête aux pieds, l’aînée aurait pleuré en silence en frappant sa tête contre une gouttière, la cadette aurait le typhus et la grand-mère serait morte écrasée sous sa propre voiture en se garant sur le parking du pôle emploi.

Dieu merci, Deniz Gamze Ergüven est turque. Et lorsqu’elle aborde un sujet très grave, elle le traite comme une comédie solaire. “Trahison !”, crie Stéphane “Esthétisme bourgeois !”. “Yok !” répond Deniz. “C’est pas parce que le sujet est grave que le film doit être moche.”

Bim. Prend ça, cinéma français.

Entre les blagues, les belles images et les saynètes burlesque, la réalisatrice ne perd jamais son sujet. Au passage, elle répond à la question qui obsède les mâles réacs du monde entier : “Que faire de nos filles, quand elles deviennent des femmes ?”

“Foutez-leur la paix”, répond Deniz, avec un joli doigt d’honneur. Malgré l’évidence du propos, elle évite habilement la caricature et le manichéisme. Ambigües, entre le marteau et l’enclume, les mères enferment leurs filles dans l’étau misogyne qui les as brisées, mais elles font tout pour les protéger de la colère patriarcale.

Malheureusement, la jeune réalisatrice (c’est son premier film) perd un peu pied dans la dernière partie, en alignant un ou deux clichés faciles. Des stéréotypes qui font perdre à l’histoire son aspect universel.

“Virgin Suicide en Turquie”, l’image vient vite à l’esprit. Et malgré tout, sans les millions de papa, ni l’appui de l’Hollywood, Deniz Gamze Ergüven a lancé son premier jet bien loin devant celui de Sofia Coppola.

En Bref : Il faut aller voir Mustang. Après les paysages chiants de Nuri Bilge Ceylan, le cinéma truc prouve qu’il sait aussi jouer de la guitare électrique debout sur une chaise. Emouvant, enragé et un peu mièvre, le film ressemble à une adolescente enfermée dans sa chambre un 15 août.

Quand on l’emmerde, elle hurle. Comme cette jeune mariée au soir de sa noce, allongée chez un gynécologue chargé de vérifier sa virginité.

Foutez-leur la paix.

Bordel.

Winter Sleep. Cappadoce rebelle.

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Faut-il aller voir Winter Sleep ?

Evidemment qu’on est méfiants ! La Palme d’Or, des Turcs intellos et toute la critique qui hurle au chef d’oeuvre, comme une jolie meute pavlovienne. Mais justement, que nous dit-elle ?

“Modification Dostoïevskienne”, “Huis-clos mélancolique Antonionien”, “Tchekhov et Bergman réunis”… Comme si tous les gros relous de la presse française s’étaient battus pour défendre ce très long-métrage. Et quand leurs articles sont aussi imbitables, ce n’est pas uniquement parce qu’ils écrivent en frottant leurs claviers avec une brosse à dent. Non, souvent, c’est parce qu’ils ont dormi pendant le film.

En langage de critique cinéma, ça se traduit vite : c’est chiant. Ou, comme le dit plus finement l’Humanité, le film utilise “les nouvelles techniques au service de l’approfondissement du rendu à l’image de paysages mentaux face au non-sens de l’existence”. Chiant. C’est chiant.

Winter Sleep dresse le portrait aride d’un vieux con au crépuscule de sa vie. Ce faisant, l’auteur nous impose une bonne dizaine de discussions interminables sur le mal, le bien, l’amour et les chevals. C’est tellement long que l’on se surprend parfois à cesser de lire les sous-titres pour se laisser bercer par la jolie mélodie de la langue turque.

Et ça discute. Et tout le monde gigote sur des canap’. On finit par se demander si on ne regarde pas la version anatolienne d’Un jour, un destin : un joli plan, une lampe derrière, et un mec qui parle. Mais nous on a jamais eu la Palme d’Or.

Au milieu de tout ça, il y a des plans sublimes. C’est vrai. Et une discussion d’une intensité folle entre un couple déchiré, qui nous renverra tous à nos propres démons intérieurs. Mais le réalisateur ne va jamais jusqu’au bout. Il touche à tout : la morale, l’égoïsme, l’idéalisme, un peu de religion. Et il laisse tout cela flotter en l’air. Content de lui.

Mais que veut-il nous dire au juste ? Que la vieillesse est un naufrage ? Que le cynisme est une tare ? Que les acteurs sont prétentieux ? Que parfois il neige en Turquie et qu’à ce moment-là il fait froid ?

Nous voilà convaincus. Autre chose ?

En Bref : Il ne faut pas aller voir Winter Sleep. C’est poseur, froid et un peu vain. On dirait un film d’Asghar Farhadi, sans le souffle, ni l’intensité, ni la force morale.

Oui, il y a de la beauté, de la vérité et des plans magnifiques dans ce film. Mais ils sont noyés dans une brume misanthrope et une réthorique prétentieuse.

Le cinéma, c’est des corps qui bougent. Pas des mecs qui parlent.

The two faces of january. Chapeau rond, tête de con.

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Faut-il aller voir The two faces of january ?

“Par le scénariste de Drive”, vantent les affiches. A croire que c’est une qualité.

Je ne vois pas bien quel crédit je devrais donner à l’auteur de cette histoire de vengeance qui sent l’essence, les clichés et la violence gratuite. Bien-sûr, je sais qu’une cohorte de jeunes cinéphiles branchés défendent Drive comme si c’était Citizen Kane. Mais lorsque le débat s’ouvre, ils ne mettent pas 15 secondes à parler de la BO. C’est dire si le reste est à l’avenant.

Mais puisque les inconditionnels du “scénariste de Drive” persistent toujours dans les commentaires, je tiens à leur rappeler qu’il a aussi écrit les synopsis de Blanche-Neige et le chasseur47 Ronins et, au hasard, Killshot. De belles soirées dvd en perspective.

L’autre tête d’affiche, c’est Oscar Isaac. Lui aussi, encensé à loisir par nos copains les critiques, parce qu’il a réussi à faire la gueule pendant toute la durée d’Inside Leewyn Davis. Que ses fans se réjouissent, The two faces of january lui permet à nouveau de faire éclater son talent à base de sourcils froncés, de dos vouté et d’absence de charisme.

Quoi d’autre ? Aragorn sous un panama, une odeur de polar des années 60 et Kirsten Dunst. Voyons voir…

Kirsten est sympathique. Mais elle n’aurait pas dû jouer dans ce film : son rôle est celui d’une femme fatale en robe Chanel, directement calqué sur une Ingrid Bergman dont elle n’a certainement pas l’ampleur. Seul Mortensen s’en sort, entre père protecteur et fauve inquiétant. Dommage que son rôle se limite à maugréer des conneries en mordillant un cigare.

Malgré tout, le film ne rate pas tout à fait son entrée en matière : ambiance film noir joliment rétro, musique coolos et personnages à double-fond. On lève un sourcil (mais pas Oscar Isaac). Et puis tout le monde part en Crète, le scénario s’enlise et on s’emmerde. Aragorn sue comme une bête en enchaînant les bourbons, Kirsten glousse et Oscar joue “le doute” avec l’intensité d’un élève de quatrième devant une asymptote oblique.

Parakalo ? Un scénario s’il vous plaît.

Ça dure. Il fait chaud et on y croit pas. Kirsten glisse sur une peau de banane. Et alors que l’on avait perdu tout espoir, le réal orchestre deux très grandes scènes, à base de musique, de valise en cuir et de chapeau de feutre. A croire que tout le reste y menait.

Pas de quoi sauver le film malheureusement, mais de quoi garder espoir : même quand tout est perdu, il y a toujours une lueur dans la nuit. Sauf, peut-être, si on est espagnol.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The two faces of january. C’est mou, ça donne chaud et c’est fade comme un concert de Christophe Maé.

Dommage, parce qu’il y avait de quoi faire un bel hommage à cette époque élégante, où même les truands ne sortaient jamais sans une chemise repassée.

Dommage surtout, parce qu’après cet article, c’est probablement la dernière fois que je suis invité à une avant-première.

My Sweet Pepper Land. Kuuuurde boy.

Faut-il aller voir My Sweet Pepper Land ?

Malgré les apparences, Baran est un cow-boy de la lose. Il a les yeux bleus mais le regard vide, la barbe drue mais la peau lisse, un air de dur, mais il est mou.

C’est le Kurdistan. Un pays sans frontières, avec pas mal de barrières. Ici tout est figé et tout le monde fait la gueule. Les mecs ont pas de couilles, mais pas mal de colts, qu’ils brandissent au nez de tout le monde. Surtout des filles, quand elles décident d’être libres alors qu’en fait c’est des meubles.

Okay, c’est salutaire. Derrière les blagues, les références kitsch et les fusillades ramollos, on entend le discours du cinéaste, et on ne peut que le rejoindre : “Laissez les meufs tranquilles, bande de frustrés de la bite”. Facile. Mais c’est tellement lourd, qu’on ne peut pas s’empêcher de penser à Syngué Sabour, Wadjda ou même Jacky, qui dans leurs styles uniques, disaient la même chose en mille fois plus fort, percutant ou drôle.

Ici, personne ne percute. Surtout pas le héros, charismatique comme une poignée de porte, qui donne des leçons d’humanisme avant d’assassiner les méchants de sang-froid. Incarné par un acteur sans saveur, ce personnage jamais vraiment principal achève de percer le plafond du ridicule quand il drague son amoureuse en papillonnant des paupières, excité comme une pucelle devant un champ de navets.

Et on arrive vraiment pas à comprendre ce qu’elle lui trouve, Golshifteh Farahani, car au milieu de toute cette médiocrité, la future actrice que tout le monde s’arrache continue d’être excellente. Mais il faut reconnaître que son visage prend tellement bien la lumière, qu’il ne lui faut pas grand chose pour être hypnotisante.

S’il y a une seule raison de voir ce film, c’est pour la voir jouer du hang au milieu d’un paysage sublime avec un chapka sur la tête.

En Bref : Il ne faut pas aller voir My Sweet Pepper Land. Ceux qui le comparent à Tarantino ou Leone ont dû voir le film à travers une passoire. C’est un western terne, où des santiags sans swag jouent des muscles et de la moustache comme dans n’importe quel autre nanard à l’américaine.

Mais c’est quand même cool de voir le Kurdistan sur un écran : des montagnes sombres et sauvages ou les gens sont des Iraniens-Turcs habillés en Russes. Dommage qu’ils traitent les femmes comme des Saoudiens.