Une éducation sentimentale ?

Faut-il aller voir Une éducation ?

En rentrant dans la salle, j’aimais déjà le film. Situé dans l’Angleterre des années 60, il suit la première aventure amoureuse d’une lycéenne trop sage, séduite par un homme trop charmant pour être honnête. Le scénario est signé Nick Hornby, auteur que je vénère. Le gentleman charmeur est joué par Peter Sarsgaard, qui est excellent partout. C’était bien parti.

L’histoire est universelle. Une jeune fille élevée dans un bocal, habilement détournée du “droit chemin” par un séducteur un peu lâche, dont le principal avantage est d’avoir le double de son âge. Un classique. A tel point qu’Une éducation ne surprend jamais, sur le fond comme la forme. Censé être renversant, même le twist final ne fait sursauter que ceux qui s’étaient endormis. Et alors ? Pas la peine de révolutionner le sens d’un scénario pour faire un bon film. Oui mais voilà…

Scolaire, jusque dans la mise en scène, Lone Scherfig, la réalisatrice, n’ose rien. La caméra est souvent fixe, jamais vraiment originale et l’ambiance globale est aussi fun qu’un cheese cake. Rayon de soleil, au milieu de toute cette grisaille british, la jeune Carey Mulligan réussit souvent à attendrir. Tout en retenue, Peter Sarsgaard lui donne la réplique avec finesse, en composant un personnage séduisant et trouble.

Malheureusement, ils ne sont pas aidés par les personnages secondaires. Bien interprétés, ces derniers sont desservis par un scénario caricatural : la prof de langue est une vieille célibataire à lunette, le père est un cochon machiste qui soumet sa femme au lavabo et “la” jolie copine confond les “lettres modernes” avec “le courrier”. Elle n’a pas fait d’études, elle est stupide, la preuve : elle est blonde.

C’est ce fond nauséabond qui finit de plomber le film. Cette bonne vieille morale masochiste comme quoi nous n’avons le choix qu’entre faire la fête pour rater notre vie, ou devenir autistes du travail pour la réussir. Certes, les choses sont plus faciles lorsque l’on sort d’une université prestigieuse. De là à sous-entendre que les études mènent immanquablement au bonheur et leur absence à la bêtise, il n’y a qu’un pas, que le film franchit sans se retourner.

J’en attendais plus de Nick Hornby. S’il passe son temps à dénoncer l’esprit bourgeois, en citant Camus et une kyrielle d’auteurs éclairés, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il aurait mieux fait de les lire.

En bref : Il ne faut pas aller voir Une éducation. Pourtant, le film est parfois mignon et tendre. Il aurait pu être émouvant si chaque moment touchant n’avait pas été rehaussé par un kilo de violons. Si on peut y aller, à la rigueur, c’est pour le charme des deux acteurs principaux.

Au fond, le film aurait été bon, émouvant et universel, s’il avait suivit les préceptes qu’il semble prôner. L’art, la créativité, la vie, la folie… Mais non. On se retrouve devant une pub classique pour la vie bien rangée, les classes préparatoires et l’abnégation.

Contrairement à son personnage, la réalisatrice n’a pas dû beaucoup les sécher, les cours…