The Affair. Trompe la mort.

Episode 101

Faut-il acheter la première saison de The Affair en DVD ?

C’est l’histoire d’un mari exemplaire qui part à la mer chez son beau-père. Il rencontre une femme qui n’est pas sa femme. Et il la trouve jolie.

C’est l’histoire d’une femme anéantie qui fait du vélo dans la vie. Soudain elle tombe amoureuse d’un homme. Mais ce n’est pas du tout son mari.

Putain. Je vais pas y arriver.

D’habitude, je sors du cinéma avec mes punchlines en poche. Je rentre au Plaza, j’ouvre le Règne et je déroule mes petites métaphores pépouze, en grattant les oreilles de Fyodor, mon tatou domestique.

Mais une fois tous les huit mois, j’aime vraiment le film. Et c’est le drame.

Quand j’aime vraiment, je passe des heures devant une page blanche à me saouler au Cointreau. La plupart du temps, je finis sur le balcon à siffler du Sardou en pissant sur les bourgeois.

Aimer c’est trop dur.

Détester, moquer, vilipender, c’est facile, plutôt cool même. C’est cathartique, libérateur et, si j’en crois les lecteurs, c’est fédérateur. Mais aimer, c’est un peu se foutre à poil. C’est pour ça que les régimes totalitaires ont toujours bien fonctionné dans les pays du nord, comme par exemple l’Allemagne. Il y fait trop froid pour aimer bien.

Cache tes yeux, Marie-Cécile, le Règne va te montrer son zizi.

L’histoire, elle est pourtant désespérément classique : Boy meets Girl, comme toujours. Sauf que Boy et Girl sont mariés avec une Wife et un Husband. Boy a des Children et une Step-Family mortifère. Girl a des coupures sur la cuisse et des problèmes en général. La vie…

Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est ici : The Affair est la série la mieux écrite que j’ai vu depuis The Wire. C’est à dire qu’elle est assise à la droite du père, à un niveau céleste, qui fout des complexes au cinéma.

Pourtant, vous n’y trouverez aucun des petits artifices qui font le succès des séries : pas de cliffhanger à la 24h, pas de stylisme à la mode Sundance, pas de retournement surprise, quedalle. The Affair ne se bingewatch pas. On ne boit pas du Château Latour comme on engloutit du Beaujolais.

L’idée n’est pas d’en mettre plein la vue, mais de trouver la justesse. L’équilibre subtil. Le “it”. Ce truc un peu désuet, l’amour, qui renverse l’équilibre du monde sans qu’on n’y comprenne rien.

Pourquoi un papa gâteau et une épouse comblée mettent-ils leurs existences en péril ? Faut-il être dingue pour préférer une inconnue à la femme qu’on aime ? Sur ce sujet, on a tout écrit, tout dit, tout filmé. Comment faire dire “I love you” aux personnages sans sentir le violon à plein-nez ? Comment filmer pour la centième fois ce qui doit être un premier baiser ? Et comment raconter la passion, préemptée par les pubs pour le café ?

Il fallait un talent fou de dialoguiste pour réussir à nous raconter cette vieille histoire sans se planter. Et, crois-le ou non, mais lorsque la phrase sus-citée finit par enfin résonner, c’est le plus beau “I love you” que tu n’entendras jamais au cinéma. Car c’est bien là que nous sommes, même s’il n’y a pas de strapontin rouge au bord de ton canapé.

Malgré tout, une belle réplique n’est rien si elle est dite par Virginie Ledoyen. C’est là que The Affair touche au sublime : chaque acteur y campe le meilleur rôle de sa carrière. Parce que le casting est parfait, poli par deux des meilleurs acteurs de The Wire et dominé par Ruth Wilson, comédienne phénoménale, capable de faire passer une dizaine d’émotions sans dire un mot. Quand on en aura marre de filer l’oscar à Cate Blanchet, il faudra se rappeler de son nom.

On pourra aussi créditer les nombreux chefs op et réalisateurs de chacun de ces dix épisodes, dont le travail magnifie l’histoire, sans jamais chercher à se caresser le nombril. Même le générique hypnotise, rejoignant celui de True Detective dans la petite écurie des séries qui s’impriment à jamais sur la rétine. Et je ne parle pas des décors : comme n’importe quel admirateur d’Eternal Sunshine, je me mets à baver quand j’entends “Montauk”. Une plage, un phare… Qu’est-ce que tu veux ?

Voilà.

Je suis débout sur mon clavier. Tout nu. Tout le monde est gêné.

Et moi aussi, parce que je me suis fait avoir. A la fin du 9ème épisode, j’avait déjà la trompette à la main, prêt à sacrer la série comme la meilleure de tous les temps. Et j’ai pris un coup de couteau. Lourdaud, mal écrit, hypocrite et ouvrant cette histoire de moeurs vers la piste obscure du thriller, le dernier épisode a rompu le charme. Un morceau de bacon sur une robe de soie.

Tu quoque, mi scenarii. 

En Bref : Il faut te ruer sur la saison 1 de The Affair, l’offrir à tous tes potes, à ta famille, à ta Juliette et à tous ses amants. Parce que lors des nuits d’insomnies où tu te promènes dans tes histoires d’amour passées, il y a toujours de la beauté dans le moment où ton coeur s’est brisé. Une mélancolie, un nuage, sur lequel tu flotteras pendant neuf épisodes éblouissants.

L’écriture, parfaite, évoque les grands romans américains, et leurs héros amers qui soliloquent sur les plages de Long Island. The Affair ne te raconte pas d’histoire, elle t’en fait vivre une. Et elle re rappelle à quel point la vie est vivante, à quel point les larmes sont mouillées et les sourires lumineux.

Et puis… il faut bien préparer l’intrigue d’une deuxième saison. C’est là que le dixième épisode survient en hurlant, comme ton cousin Basile au nouvel an. Comme la fille de tes rêves quand elle a glissé sur la peau de banane de ta désillusion.

Merde. J’étais amoureux. Pourquoi tu m’as montré ta carte des Jeunes Pop’ ?

L’Interview qui tue ! Kim cadré chiant.

Trailer-final-pour-The-Interview-L’Interview-qui-tue-

Faut-il aller voir L’interview qui tue ! ?

Je ne vais pas m’éterniser.

Il arrive que je saute une critique quand je suis trop en retard, sous l’eau ou quand le film ne vaut vraiment pas le coup. Nous y sommes. Et en plus c’est la nuit. Mais que voulez-vous, j’ai des principes.

Avoir des principes. Une notion assez floue. Et je comprends bien qu’il faille parfois déroger à l’ordre et la morale. Après tout, même l’abbé Pierre a laissé son regard traîner sous les jupes des filles. De toute façon, l’art est inutile par essence, ce n’est pas Patrick Bruel qui vous dira le contraire.

Mais en sortant de ce film, je ne peux pas m’empêcher de m’interroger : les 89 millions de dollars dépensés pour produire et promouvoir L’interview qui tue ! n’auraient-ils vraiment pas été plus utiles dans les poches de… la Fondation Abbé Pierre ? Ou Oxfam ? Ou dans les miennes ?

Je ne sais pas trop si je crois dans le pouvoir de l’humanitaire. En revanche je sais très bien ce que je pense des films de merde.

Ils sont nuisibles.

Parce que le cinéma est un sport d’équipe. Si les chefs d’oeuvres relèvent le niveau général, les nanards tirent toute l’industrie vers le bas. N’ayons pas peur d’être concret : si ton goal enroule ses parties génitales dans le filet pour rigoler, c’est toute ton équipe qui va prendre des buts. Et ça sera surtout dégueulasse à regarder.

Pourtant, le film ne commence pas pire que n’importe quelle daube américaine : c’est con, assumé et il doit même y avoir un ou deux gags qui font sourire. Très bien, personne ne ment, c’est marqué sur la boîte : il y aura du caca, des zizis et des Coréens. Vous n’êtes pas venu réfléchir sur la rémanence du dualisme chronologique chez Husserl.

Malheureusement, tout cela dure. Et les cinéastes abandonnent rapidement leur micro-ambition pour faire simplement n’importe quoi, sans même y prendre plaisir. James Franco joue comme un ballon de baudruche, Seth Rogen y ressemble, c’est l’horreur. Les mecs se croquent les doigts, s’enfoncent des sondes dans le cul et se trémoussent sur Katy Perry.

Moins drôle, les scénaristes trouvent ça marrant de faire passer Kim Jong-Un pour un type colérique et un peu efféminé. 75 ans après Le Dictateur de Chaplin, la notion de “progrès” semble assez floue.

Celle de “principe” s’est définitivement dissoute, quelque part au milieu d’un prout.

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’interview qui tue ! ? C’est nul. C’est une tache de plus sur le manteau dégueulasse du septième art. Tout le monde s’en fout, mais c’est une épine de plus qu’on m’enfonce dans l’oeil.

Alors aux petits lapins de Sony, qui voudraient nous faire pleurer parce que les vilains hackers coréens ont piraté leur système, je n’aurai qu’une chose à dire : bien fait pour vos gueules.

89 millions de dollars pour hurler votre bêtise à la lune. Vous êtes l’Empire romain qui fait la fête avant d’imploser.

Chef. Cuisine et descendance.

kq_Chef_videothumb-620x349

Faut-il aller voir Chef ?

Parfois je me demande à quoi ça rime tout ça. A quoi bon faire des critiques qui ne servent à rien ? Si les mecs me disent que Mommy est un chef d’oeuvre, on va quand même pas en venir aux mains, si ? Les gens aiment des films, détestent des films et c’est la vie. Ils ont tous raison. Qui suis-je pour les contredire en vociférant sur internet ?

Qu’est-ce que j’en tire ? Et surtout, pourquoi je m’embête à faire des critiques pleines de blagues boiteuses et de fautes de conjugaison, quand je pourrais me contenter d’écrire :

Youhou !

C’est probablement la réflexion qui a dû hanter John Favreau lorsqu’il pondait le scénario de Chef. Il devait être là, avec son crayon, son ventre et son bouc, à réfléchir sur les relations humaines, la gastronomie et la filiation. Et soudain il s’est dit : “Youhou !” C’était la clef.

C’est l’histoire d’un grand chef qui fait des ganaches dans un resto pédant. Il est génial mais il se fait virer. Alors il fait des sandwichs dans un food-truck. Youhou. Il traite son fils avec les mêmes égards qu’une fourchette à poisson. Et puis il regarde une vidéo sur internet et il se rend compte qu’il l’aime peut-être. Youhou. Et son ex-femme ? SPOILER Et ben son ex-femme, il la re-épouse. Youhou. La musique cubaine ? Youhou ! Scarlett Johansson ? Youhou ! Et mes couilles ? A ton avis…

John Favreau a réalisé les deux premiers Iron-Man. Ça a marché, c’était pas mal et il a fait du fric. Autant dire que pour son nouveau film, il avait le droit de faire à peu près n’importe quoi. Et ça tombe bien, car ce garçon a écrit des scénari comme d’autres se mettent le doigt dans le nez : avec dilettantisme.

En pleine traversée du désert, son héros (lui-même) décide de traverser le désert. Il se promène dans le sud des Etats-Unis en faisant des sandwichs. Et de temps en temps, il se met de la farine dans le caleçon (sic) et ça lui fait drôlement du bien. John Leguizamo joue le cubain. Ay Papi ! Le fils du héros est content. Son père le fait travailler, mais au moins il lui parle, et c’est important quand on a douze ans. Youhou.

Je ne sais vraiment pas quoi dire sur ce film. A part qu’il me donne envie d’arrêter d’aller au cinéma. Il n’y a pas de style, pas d’humour, pas de tendresse, pas d’émotion, pas de jeu, pas de mise en scène, pas d’action, pas de rythme. C’est…

C’est…

C’est nul qu’est-ce que tu veux que je te dise John ? Y’a pas de mot. Ton film est nul. J’aurais mieux faire de passer deux heures à me rouler en boule en attendant le retour du printemps. Parce que j’aime trop le cinéma pour regarder ce que tu lui fais subir.

Et puis tu joues mal. Et puis t’es gros.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Chef. C’est un film sur un sujet passionnant et cinématographique (la bouffe) mais à des années lumières du joli Ratatouille de Pixar. Et à des années lumières du cinéma en général. C’est plat, sans âme, et finalement à l’image de cette année cinématographique qui commence à être désespérante.

Et constater que le seul espoir à l’horizon s’appelle Christopher Nolan, c’est se rendre compte qu’on est vraiment dans la merde. Youhou.

Frances Ha. Blessures et bobos.

Frances AFaut-il aller voir Frances Ha ?

C’est l’histoire de deux moches qui s’emmerdent à New-York.

Dés les premières images, le film épouse les contours de sa propre caricature. Noir et blanc, blonde et brune, répliques courtes, faussement fines, jamais vraiment drôles. Chaque recoin de l’image, chaque saillie et chaque péripétie respire l’artifice et l’autosatisfaction d’un réalisateur content de lui.

Un garçon est beau parce qu’il “ressemble à Jean-Pierre Léaud”, une soirée était cool parce qu’il y avait “deux philosophes et un peintre”, la musique des 400 Coups habille le film, les filles se battent à coups de feuilles dans Central Park et les mecs sont en galère de fric, mais vivent de leur art dans des apparts immenses.

Putain.

On s’ennuie, et ça dure. L’héroïne du film, dont tout le monde semble apprécier la touchante maladresse, est une cruche imbuvable, égoïste et désespérée. On suit sa chute sans la plaindre et sans jamais vraiment douter du fait qu’elle va finir par s’en sortir. La plupart du temps, on regarde ses pompes, pendant qu’elle s’humilie toute seule, comme n’importe quelle miss météo du Grand Journal.

Sale impression. Celle de te retrouver dans une soirée C-, bloqué au bout du canap’ entre un stagiaire semi-autiste et une meuf persuadée d’être brillamment différente parce qu’elle a vu un Godard. J’en profite pour mettre fin à ce vieux mythe fondateur du cinéma indie : les weirdos ne sont pas automatiquement sympathiques. S’ils sont tout seuls dans la cour, en train de parler aux platanes, c’est peut-être pour une bonne raison.

Et c’est étrange d’y arriver si vite, mais au bout de quatre paragraphes, je n’ai plus grand chose à dire sur ce film assez insignifiant et prétentieux. Les acteurs jouent mal, l’image est neutre et les dialogues sont trop fiers de leurs effets pour que ces derniers fonctionnent.

Bonne nuit.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Frances Ha. Malgré la colonne de critiques élogieuses qui figure sur l’affiche. Ce n’est pas le film de l’été, ni de juillet, ni de la semaine. C’est un film pédant pour les bobos avec des gros sourcils qui vivent des orgasmes intellectuels devant des toiles de Mondrian.

Par ailleurs, mon coloc Doudi me signale que Paris est plus densément peuplée que Tokyo, la Bande de Gaza et Mexico. Quitte à faire un article vide sur un film creux, autant y glisser un peu d’info.

Trance. Finger in the hypnose.

trance-movie-poster-5

Faut-il aller voir Trance ?

C’est l’histoire d’un type qui vole un tableau mais il oublie où il l’a foutu à cause qu’il est con. Après lui avoir arraché les ongles, son équipe l’envoie chez une hypnotiseuse pour lui faire revenir la mémoire. Sauf que c’est Rosario Dawson, et alors plus personne écoute le film.

En plus d’être jolie comme une journée à la plage, Rosario Dawson a une voix grave et envoûtante avec laquelle elle manipule tout le monde. Rapidement, c’est le bordel : James MacAvoy mange des balles, Rosario se rase la plume et Vincent Cassel se promène avec la Corse à l’air. Le chef opérateur filme le sol, les reflets et les ombres en éclairant au néon.

Mais que veulent-ils nous dire, à part que la moitié du budg’ est partie dans l’acide ?

Ils veulent nous dire que c’est le mystère. Que c’est le thriller. Et ils sont diablement contents d’eux. Le scénario s’égare dans des kilomètres de rebondissements de plus en plus complexes et alambiqués, sans que l’on comprenne l’intérêt de certaines digressions. Est-ce du rêve ? Est-ce pas du rêve ? Plus le film avance, plus il nous perd, et moins on en a quelque chose à foutre de savoir où le héros a bien pu planquer cette croûte.

Et pourtant, le scénario “tient la route”. Si on confondait le cinéma avec une forme plus colorée de mathématique appliquée, on pourrait même dire qu’il est bon. Mais ça serait oublier qu’une bonne histoire n’est pas une suite cohérente de connecteurs logiques, c’est d’abord des dialogues, une couleur et des personnages.

Beaucoup de psychologisme ici, mais pas tant d’intelligence. Les personnages sont de simples pions qui s’agitent dans un clip un peu kitsch, filmé de travers et saturé de lieux communs sur la température féminine et la manipulation intelectuelle.

Dommage, parce que ça part bien, c’est bourré d’idées de mise en scène, rythmé et plutôt bien joué. Mais c’est nul. Plat. Écœurant.

Un peu comme un milk-shake. Mais plus cher.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Trance. Ce n’est pas un nanard, c’est même un thriller psychologique plutôt bien ficelé et joliment filmé, qui brasse des kilomètres de vide.

Raté, donc. Parce qu’il se la raconte, avec ses retournements moisis, parce que les personnages sont profonds comme des poêles à crêpes et parce que tout cela finit par être aussi moche et con qu’un lundi soir de Trocadéro entouré par des supporters du PSG.

L’écume des jours. Vain sur Vian.

ecume-des-jours-4

Faut-il aller voir L’écume des jours ?

Comme vous, j’avais peur. Aucune envie d’aller voir Gondry piétiner mon imagination avec ses petites constructions astucieuses. J’aime trop le bouquin et la façon dont je l’ai rêvé, pour qu’on redessine par-dessus.

Comme vous, j’avais des haut-le-cœur devant le casting bankable. Jamais pu blairer la morgue de Duris, la gouaille de Tautou, la pâleur d’Elmaleh qui s’affadit un peu plus à chaque film et le seul fait de penser à Charlotte le Bon me donne envie d’aller chez le coiffeur me faire un tie and dye.

Un autre truc, sur lequel j’insiste, parce que c’est important pour le métier d’acteur : Duris et Tautou ne savent pas bien prononcer les phrases. Déjà c’est moche, en plus tu te demandes pourquoi à la place ils ont pas fait un autre métier, genre équarrisseur, et surtout, il y a certains dialogues que tu piges pas.

Alors à quoi bon louer des grues pour faire Hollywood quand t’es pas foutu de régler un problème d’élocution ? Passons.

Les premières minutes sont insupportables. Gondry est en roue libre, il fait n’importe quoi. Illustrant la prose du bouquin par ses petits montages habituels : de l’image par image saccadée, des accélérations plutôt laides, des membres agrandis et une absence assez flagrante de sensibilité.

On reste uniquement parce qu’on a payé. Et le film continue de gesticuler, en arrachant les pages du livre de Vian comme un ado sadique. On rigole une fois ou deux, mais on souffre tout de même beaucoup tant il n’y a rien de merveilleux dans cet étalage de poésie sans âme.

Et puis l’histoire sombre, devient déchirante, et malgré son faux-air enfantin, Michel Gondry se révèle bien plus habile dans la cruauté et la noirceur. L’image perd des couleurs, les acteurs deviennent justes et enfin, on est ému. Le film prend son envol un peu tard, mais on oublierait presque le début hasardeux.

Pourtant, quelques jours après, l’impression reste la même : Gondry n’a pas rendu Vian meilleur. L’inverse, peut-être…

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’Ecume des jours. Ou alors, il faut tenter d’oublier le livre mythique qui nous a fait rire et pleurer. Michel Gondry en livre une adaptation assez plate, mais suffisamment fidèle pour en restituer quelques beaux passages.

Dommage. Et en même temps, on ne pouvait s’attendre à rien d’autre : comme si la poésie perdait toute saveur à partir du moment où elle s’incarnait.

Faut que je vous laisse, je vais faire de l’escalade avec mes collocs. C’est des sacrés sportifs.

The Master. Secte Symbole.

Faut-il aller voir The Master ?

C’est l’histoire d’un fou qui rencontre un fou. Le premier est plus con. Le deuxième est plus fou. C’est comme ça qu’on crée un secte. Ça tombe bien, le deuxième vient d’écrire un livre sur la physique nucléaire, les vies antérieures et l’hypnose sous alcool.

J’ai écris ça il y a trois jours et depuis je sèche. Faire le malin pour démonter un film, ça vient tout seul. Mais devant un mec comme Paul Thomas Anderson, on se sent tout petit. J’en serai presque d’accord avec tous les tocards qui commentent que “ta ka réalisé dé films si t si fort pour critiké” (n’empêche, c’est quand même des tocards).

Donc voilà. A l’heure où tous les critiques ont le mot “chef d’oeuvre” à la bouche, à l’heure ou Ben Affleck gagne des Golden Globes devant tout le monde et à l’heure où les gens écrivent “à l’heure où” tout le temps comme ça pour donner du poids à leurs paragraphes ; et bien à cette heure là, on ne sait plus trop ce que c’est le talent.

Spielberg ? Scorsese ? Cameron peut-être ?

Non évidemment. Ce sont tous des faiseurs. Des mecs plutôt doués, qui ont les moyens d’en avoir, un bon sens du cinoche et une capacité a utiliser les grosses recettes avec suffisamment d’intelligence pour que ça se voit pas trop. On fait du pitch au kilomètre, des belles affiches et des figurines en plastique.

Mais le vrai talent, il est entre les mains de mecs comme Paul Thomas Anderson. Des types qui ne respectent absolument pas la chronologie de l’histoire, l’équilibre du scénario, le timing des péripéties où même les règles les plus élémentaires du montage et de la disposition des caméras.

Tout ça, Anderson s’en fout. Il voit. Un peu comme les peintres, qui décidaient de faire le ciel en rouge ou des meufs carrées, parce que c’est comme ça qu’ils les voyaient. PTA adapte les règles à ce qu’il veut montrer et ce qu’il veut dire. Certes, il y a une histoire, mais surtout, il y a des scènes puissantes, des ambiances pesantes et une véritable flamme d’auteur qu’on ne verra jamais dans la filmographie de Ben Affleck.

Dialogues hypnotisants, plan-séquences admirables, direction d’acteur parfaite, The Master est un film qui respire le génie et l’intelligence d’un bout à l’autre. Comme devant les autres films du maître, on est pas toujours emballé, parfois un peu paumé et il arrive même qu’on s’emmerde un peu sur la fin.

Et pourtant, ce film terminera à coup sûr dans les meilleurs films de 2013. Allez comprendre…

En Bref : Il faut aller voir The Master. Parce que le cinéma d’Anderson est unique. Parce que plus tard, on achètera son intégrale en DVD et qu’on la rangera sur notre étagère d’intello, entre Kubrick et Kurosawa (contrairement aux apparences, elle ne sera pas rangée dans l’ordre alphabétique).

Et aussi parce qu’il y a une photographie à s’enlever les yeux à la cuillière, Philip Seymour Hoffman dans son meilleur rôle et une analyse du charisme et de la manipulation qu’on avait pas vu depuis Fight Club.

Et Fight Club, lapin, c’est la Bible.

Les lignes de Wellington. L’empire contre-attaque.

Faut-il aller voir Les Lignes de Wellington ?

Les quoi ?

Bah oui, malgré son casting de malade, son ampleur historique et la réputation de son auteur, personne n’a entendu parler de ce film. D’ailleurs, ça a de quoi laisser perplexe : Mathieu Amalric, John Malkovich, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Michel Piccoli, Marisa Parades, Vincent Perez, Elsa Zylberstein, Chiara Mastroianni et une palanquée d’autres acteurs incroyables dans un même film et la bobine est visible dans une petite poignée de salles parisiennes.

Au même moment, nos écrans sont envahis de nanards potentiels à l’ambition proche de zéro, interprétés par des tocards de seconde zone et réalisés par des affairistes sans talent ni vision. Finalement, un film à succès, ce n’est pas un bon film, c’est un film omniprésent dans les salles, avec une bonne campagne de com dans le métro et des invités au Grand Journal.

Et pour oser dire ça en novembre 2012, faut une sacré paire de guirlandes.

Si vous faites partie des cinéphiles intellos (le marqueur se situe à deux films de Lars Von Trier dans ta dvdthèque, bâtard), vous sautez probablement déjà sur place à la vue de l’équipe technique du film : Les Lignes de Wellington est le dernier projet inachevé du réalisateur chilien Raoul Ruiz, réalisé in fine par sa femme Valeria Sarmiento.

Inconnu du grand public (le marqueur se situe au niveau de ma mère-grand que j’avais emmenée voir Les Choristes en 1964, Big Up mamie) Raoul Ruiz fait délirer la critique, et du coup, je l’ai découvert posthume à travers sa femme. Et d’ailleurs, on s’en fout.

Pendant deux heures trente, on suit les errances de plusieurs soldats paumés dans les collines portugaises pendant que les armées jacobines de Napoléon se rapprochent dangereusement de Lisbonne. Petit budget, gros cerveau, les batailles sont donc remplacées par des dialogues. C’est pas plus mal.

Pourtant, malgré un formidable plan-séquence initial et l’élégance perpétuelle de l’image, on peine un peu à tripper au début. Il y’a plein de mecs avec des voix offs en plusieurs langues qui discutent dans ta tête, John Malkovich parle de peinture et les portugais dansent mollement autour du feu. Et puis on s’attache. Presque comme dans une série, tous les personnages révèlent leurs personnalités, leurs forces et leur faiblesses. Et puis comme ça, l’aventure devient passionnante.

A force de voguer, on ne sait plus trop pourquoi les hommes se battent ni le camp que l’on préfère. On regarde ces personnages perdus se débattre avec leurs pulsions, leurs peurs et leur honneur. Point de vue chilien sur l’histoire européenne, le film ne tente pas de donner du sens ou des valeurs héroïques à une guerre qui n’en avait pas beaucoup. Il raconte, observe et ausculte la guerre, mais il révèle des morceaux de merveilleux dans chaque parcelle de vie.

Et au milieu de cette grande boucherie absurde, la réalisatrice nous offre même un message presque optimiste. Les idéaux sont morts, les drapeaux sont ridicules et les hommes sont des bêtes, mais tant qu’il y’aura des enfants pour écouter les histoires et des rigolards pour s’envoyer en l’air, on n’aura pas perdu tout espoir.

En Bref : Il faut aller voir Les Lignes de Wellington. Parce que ça faisait longtemps qu’on avait pas vu de grand film choral historique, parce qu’on y voit jouer une dizaine d’acteurs exceptionnels et parce qu’on oublie parfois qu’avant d’être une grande partouze néo-libérale, l’Europe était un champ de bataille.

Finalement, je ne sais pas si Raoul Ruiz et sa meuf sont des cinéastes intellos. Mais il y a bien longtemps que Spielberg et Scorsese n’ont pas réalisé une fresque historique d’une telle ampleur.

Expendables 2. Hé Arnold !

Faut-il aller voir Expendables 2 : unité spéciale ?

Usons de nuances, pour ne pas fâcher les fans de séries B, qui sont nombreux à nous lire :

MES COUILLES !

Casse-toi vieux nostalgique moisi. Parce que t’as grandi en regardant des nanards, tu penses que ça les rends meilleurs ? Quand tu vas faire les courses à Créteil-Soleil, ça te rappelle l’époque de chez ton oncle où tu trouvais tout joli, mais en vrai c’est un vieux supermarché pourrave. Et ben Expendables c’est pareil.

Stallone a beau condenser les pires bouses qui ont été tournées dans les années 90 et les has-been qui vont avec, ça ne fera jamais de chef-d’oeuvre. Okay, Total Recall, Demolition Man ou Le baiser mortel du dragon, c’était kiffant sur le moment, mais ça reste des petites étoiles dans un ciel brestois (respect aux Brestois, juste, vous avez un temps pourri).

Et puis soyons franc, à part Bruce Willis, qui sera éternellement John McLane, tous les autres n’ont jamais vraiment su jouer. Schwarzy est encore moins crédible qu’en gouverneur, Stallone est à pleurer de 1er degré, Statham est même pas assez vieux pour être vintage mais le fond de l’abysse est atteint a chaque apparition de Chuck Norris, qui se promène sur le tournage comme un grand-père dans son jardin. Tellement mauvais, que même Van Damme a l’air bon.

Passons. Rien ne sert de jouer les naïfs. On est pas venus là pour un scénar, ni pour la sensibilité des brutes mythiques. On est venu pour la déglingue, pour les douilles qui s’écrasent sur le sol gling gling, les mecs qui ne se retournent pas quand y’a une explosion et les blagues à deux balles pontcuées par des effets de sourcils.

Et ben même pas !

Trop concentré par la nécessité d’aligner son casting de losers, le réal oublie complètement toute notion de cinéma. Les scènes d’actions sont relous, poussives et mal-foutues, l’image est positivement dégueulasse et les dialogues donnent envie de mordre son voisin de rangée.

Mais j’ai pas fait. J’ai regardé mes tontons se ridiculiser. En pleurant à l’intérieur de mes joues.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Expendables 2. C’est nul. Rien à foutre de l’effet vintage, louez une VHS de Last action hero, faites du pop-corn maison en cramant la moitié du maïs et laissez quinze messages à Clémence, qui vous rappelera jamais. C’est ça l’effet vintage.

Les Expendables c’est comme les mecs qui trouvent des qualités à Delarue sous prétexte qu’il est mort : C’est des cons.