The two faces of january. Chapeau rond, tête de con.

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Faut-il aller voir The two faces of january ?

“Par le scénariste de Drive”, vantent les affiches. A croire que c’est une qualité.

Je ne vois pas bien quel crédit je devrais donner à l’auteur de cette histoire de vengeance qui sent l’essence, les clichés et la violence gratuite. Bien-sûr, je sais qu’une cohorte de jeunes cinéphiles branchés défendent Drive comme si c’était Citizen Kane. Mais lorsque le débat s’ouvre, ils ne mettent pas 15 secondes à parler de la BO. C’est dire si le reste est à l’avenant.

Mais puisque les inconditionnels du “scénariste de Drive” persistent toujours dans les commentaires, je tiens à leur rappeler qu’il a aussi écrit les synopsis de Blanche-Neige et le chasseur47 Ronins et, au hasard, Killshot. De belles soirées dvd en perspective.

L’autre tête d’affiche, c’est Oscar Isaac. Lui aussi, encensé à loisir par nos copains les critiques, parce qu’il a réussi à faire la gueule pendant toute la durée d’Inside Leewyn Davis. Que ses fans se réjouissent, The two faces of january lui permet à nouveau de faire éclater son talent à base de sourcils froncés, de dos vouté et d’absence de charisme.

Quoi d’autre ? Aragorn sous un panama, une odeur de polar des années 60 et Kirsten Dunst. Voyons voir…

Kirsten est sympathique. Mais elle n’aurait pas dû jouer dans ce film : son rôle est celui d’une femme fatale en robe Chanel, directement calqué sur une Ingrid Bergman dont elle n’a certainement pas l’ampleur. Seul Mortensen s’en sort, entre père protecteur et fauve inquiétant. Dommage que son rôle se limite à maugréer des conneries en mordillant un cigare.

Malgré tout, le film ne rate pas tout à fait son entrée en matière : ambiance film noir joliment rétro, musique coolos et personnages à double-fond. On lève un sourcil (mais pas Oscar Isaac). Et puis tout le monde part en Crète, le scénario s’enlise et on s’emmerde. Aragorn sue comme une bête en enchaînant les bourbons, Kirsten glousse et Oscar joue “le doute” avec l’intensité d’un élève de quatrième devant une asymptote oblique.

Parakalo ? Un scénario s’il vous plaît.

Ça dure. Il fait chaud et on y croit pas. Kirsten glisse sur une peau de banane. Et alors que l’on avait perdu tout espoir, le réal orchestre deux très grandes scènes, à base de musique, de valise en cuir et de chapeau de feutre. A croire que tout le reste y menait.

Pas de quoi sauver le film malheureusement, mais de quoi garder espoir : même quand tout est perdu, il y a toujours une lueur dans la nuit. Sauf, peut-être, si on est espagnol.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The two faces of january. C’est mou, ça donne chaud et c’est fade comme un concert de Christophe Maé.

Dommage, parce qu’il y avait de quoi faire un bel hommage à cette époque élégante, où même les truands ne sortaient jamais sans une chemise repassée.

Dommage surtout, parce qu’après cet article, c’est probablement la dernière fois que je suis invité à une avant-première.

A dangerous method. Derrière toi c’est à Freud !

Derrière-toi c'est à freud

Faut-il aller voir A dangerous method ?

Je ne sais pas pourquoi, j’attendais ce film comme le messie. Le talent de David Cronenberg pour les trucs malsains, confronté aux acteurs les plus talentueux de la planète, Viggo Mortensen et Michael Fassbender. Et puis il y avait l’histoire aussi : la guerre froide entre Karl Jung et Sigmund Freud au-dessus du berceau de la psychanalyse, en double-fond les prémices de l’antisémitisme d’Etat. Ça promettait.

Finalement, le film n’égale ni la noirceur de A history of violence, ni la brutalité des Promesses de l’ombre. Globalement, c’est une histoire de mecs qui parlent dans des bureaux, ce qui n’a rien de très cinématographique. Même les scènes de sexe sadomasochiste sont gentillettes. Étrange pour un mec qui, il y’a quelques années, faisait combattre Viggo à poil dans un sauna.

Mais Cronenberg n’a pas choisi le thème pour fanfaronner avec sa caméra. Visuellement pauvre, le film se concentre sur le fond, en tentant de faire réfléchir le spectateur. Évidemment, Hollywood oblige, il est difficile de traiter du schisme psychanalytique sans vulgariser à outrance. Si le scénario tente d’éviter le didactisme, on n’échappe pas aux discussions un peu lourdes type : “But Sigmund, sex is not everything !” Yes…

Pourtant le film s’en tire pas mal. Il oppose le jeune moraliste protestant au vieux juif libéré en jouant sur leurs contradictions. En filigrane, on pourra voir un portrait acerbe des sociétés modernes où tout le monde se drape dans la morale pudibonde avant de la transgresser allègrement dans le bureau de la secrétaire (ou derrière le comptoir de la pharmacie).

Finalement, on sort du film sans avoir pris de coup de poing dans le ventre, mais en réfléchissant, ou en s’engueulant (avec soi-même). Car si Cronenberg pose de nombreuses questions, il a le bon goût de ne jamais y répondre.

En Bref : Il faut aller voir A dangerous method. Pour les talents indéniables de Mortensen et Fassbender mais aussi pour Keira Knightley, qui a troqué le sourire niais de Pirates des Caraïbes contre un véritable jeu d’actrice.

Certes, on ne prend pas la claque espérée mais il fallait oser faire un film sur un sujet aussi difficile. En l’occurrence, ne pas se planter tient déjà de l’exploit.

Sinon, en ce moment, j’écoute ça :

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