Les huit salopards. Huit clos.

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Faut-il aller voir Les huit salopards ?

Chez les critiques cinéma il existe un tabou. Un truc un peu sale, un peu honteux, qu’ils n’avoueront que sous la torture ou sur l’oreiller :

Prendre du plaisir au cinéma.

Le Critique n’est pas là pour s’amuser. “Le cinéma est un art de combat, une pensée morale et surtout un geste politique !” aime-t-il plastronner. Ensuite, il monte sur la table, citant les films de Debord, de Godard et d’un russe au hasard, allez, Swarovski. Puis il va voir le prochain Tarantino.

Là, dans l’obscurité, à l’abri des regards, le Critique s’amuse. Parce que c’est rigolo les cow-boys qui se tirent dans les roubignoles et parce que le cinéma, c’est aussi des shérifs qui s’acharnent, des punchlines qui tabassent et des chevals qui galopent. Et Tarantino, c’est exactement ça, mais c’est pas beaucoup plus.

Empourpré, le Critique sort en cachette, tentant de dissimuler son enthousiasme derrière un livre d’André Bazin ( “Ontologie et cinéma”). Mais son visage respire la culpabilité : il a pris du plaisir. Ce soir, il s’infligera l’intégrale de Fassbinder en implorant le pardon. Mais d’abord il faut écrire. Et quoi ? Qu’il a bien rigolé ? Que le suspens est trépidant ? Que la violence est graphique ?

Allons… Quand un Critique prend du plaisir devant une série B, il est obligé de relever le niveau, sinon c’est lui qui passe pour un idiot.

“Un grand film enragé et engagé, vindicatif et réflexif (…) son film le plus mature. Peut-être le plus idiosyncratique” postillonne Cinéma Teaser. Et Transfuge de renchérir, y voyant “une psychanalyse des Etats-Unis” qui “fixe sur pellicule les vibrations délétères du grand trou noir de l’Histoire américaine”. Fidèle à lui-même, Libé a reconnu “la figure de l’idiot dostoïevskien”. A peine au-dessus des Inrocks, qui y trouvent “une torpeur et une sorte de placidité analytique”.

Que veut nous dire l’article ?

Que, vingt-quatre ans après Reservoir Dogs, les critiques pensent encore que Tarantino fait semblant d’être con. A voir… Avec tout le respect que j’ai pour Quentin, son dernier film n’est pas une introspection freudienne, une relecture américaine de Spinoza ou une adaptation filmée des toiles de Jérome Bosch.

C’est un western.

Des taiseux avec des chapeaux qui parlent pendant des heures avant de s’entretuer à bout portant. Chapeaux mis à part (où remplacés par des bérets Kangol), Tarantino fait des westerns depuis le début de sa carrière. Les Huit Salopards est loin d’être le plus mauvais.

Moins foutraque et interminable que Django, moins inégal qu’Inglourious Basterds et moins jemenfoutiste que Boulevard de la mort, ce gang de salopards semble presque sage dans la filmo de QT. Moins obsédé par les gimmicks, les anachronismes et les citations à outrance Tarantino se concentre sur le thermomètre : la tempête se glace, la tension monte et, dans la salle, il fait de plus en plus chaud.

Pan !

Après un début élégant mais pas très bien dialogué, Quentin envoie la purée avec la finesse qui le caractérise. Comme d’habitude, on se sert au bar : violence gratuite, monologues dégueulasses et ironie grinçante. La mise en scène regorge d’idées et le réalisateur se permet tout, jusqu’à une formidable scène de guitare et d’empoisonnement. Tous les acteurs cabotinent, on rigole bien et puis c’est fini.

On sort avec la banane parce que c’était cool. On se remémore quelques bonnes scènes en tirant sur nos vaporettes et on rentre dormir au Plaza Athénée. Le lendemain, on a tout oublié.

C’était sympa, assez génial. Comme une soirée en boîte, avec des copains, un super DJ et des cocktails délicieux. Une soirée super dont on est revenu ivre et un peu seul.

En Bref : Il faut aller voir Les Huit Salopards. Contrairement aux bégaiements de la critique, ce n’est pas une analyse pertinente de la société américaine, mais un putain de western, malin, osé, intense et, dans sa dernière minute, presque joli.

Mais au-delà des acteurs formidables, des très beaux plans et des jeux de regard et de temporalité, Quentin s’assèche un peu avec l’âge. Que reste-il de la fragilité troublante de Jackie Brown ? Où sont passées les larmes de Beatrix Kiddo à son réveil dans Kill Bill : Volume 1 ? Et son regard bouleversant dans le Volume 2, alors qu’elle retrouve Bill accompagné d’un personnage inattendu ?

Disparus.

L’émotion, la tendresse, le désir, l’amour… Seuls restent la haine et la vengeance, flottants sur des litres d’hémoglobine et d’amertume. Après tout, ces huit personnages peuvent bien vivre ou mourir, on s’en fout un petit peu. C’est juste une bande de salopards.

Sicario. Cartel en tête.

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Faut-il aller voir Sicario, malgré son titre à la con ?

Kate préfère les gilets par-balle aux soutien-gorge. Sage décision, quand on casse régulièrement la porte des mafieux mexicains pour le compte du FBI. Un jour, Kate est recrutée pour une mission secrète à Ciudad Juarez, la ville la plus dangereuse du Mexique. Tellement secrète, que Kate n’a même pas le droit de savoir ce qu’elle fout là.

Et nous non plus, on ne comprend rien. Il y a des flics qui tirent sur des voitures, des voitures qui tirent sur des soldats, des flics qui tirent sur des soldats et des tas de gens qui parlent espagnol, et qui tirent en l’air, ou sur des flics, ou des soldats ou les deux.

Mais il y a pire : la plupart du temps, personne ne tire sur personne.

La prouesse du film, c’est de mettre en scène une fille qui comprend que dalle, dans un univers où il ne se passe rien. Là où Michael Bay et ses clones se contentent d’un peu de suspens avant de faire tout péter pendant une heure, le québécois Denis Villeneuve fait monter la tension et la température en permanence, sans jamais ouvrir la cocotte. Si Sicario était un film porno, Kate passerait deux heures à monter les escaliers.

Bandant.

D’autant qu’elle est incarnée par la brillante Emily Blunt. Après l’excellent Edge of Tomorrow et le formidable Looper, l’anglaise impose à nouveau sa grande gueule et ses yeux rêveurs. Forte, fragile, paumée, l’actrice porte le film, et le marcel, avec beaucoup d’élégance. Face à elle, Josh Brolin plisse les yeux et Benicio del Toro fronce les sourcils. Comme d’hab. Mais ça marche.

Quoi d’autre ? Une musique et un design sonore angoissants, et surtout une image magnifique, alternant les plans larges aux perspectives mouvantes, les jeux de reflets et de transparence avant de terminer sur une sublime scène nocturne où les silhouettes armées se dessinent à contre-jour sur un ciel rouge sang.

Pardon pour la poésie de supermarché, je travaille à la télé et je passe mes weekends au couvent.

Mais qui faut-il croire, dans un monde où tout le monde ment ? C’est la colonne vertébrale du scénario, enchevêtrement très complexe, qui ne s’embarrasse pourtant d’aucune explication interminable, pour mieux nous plonger dans la tête embrumée de son héroïne. C’est superbe pendant une heure et demie, et puis l’histoire s’alourdit un peu, entre le fromage et le dessert.

Mais bon dieu, les amuse-bouches étaient exceptionnels.

En Bref : Il faut aller voir Sicario. C’est tendu, à l’os, intelligemment écrit et très bien mis en scène. Dans son dernier plan, le film pousse un cri de rage, qui reste suspendu un moment.

Une semaine plus tard, certaines images résonnent encore : le regard un peu perdu d’Emily Blunt et la rareté de l’oxygène dans les rues de Ciudad Juarez.

Avec Incendies et Prisoners, Denis Villeneuve avait prouvé qu’il faisait monter la tension comme personne. Bonne nouvelle : cette fois, il a recruté des bons acteurs.

Mustang. Soumission impossible.

Mustang

Faut-il aller voir Mustang ?

30 ans après Midnight Express, on reparle des prisons turques au cinéma. Comme d’habitude, le gardien est moustachu, il y a des barreaux au fenêtres, mais cette fois, la cellule est familiale.

C’est l’histoire de Lale et ses quatre soeurs qui font les andouilles dans l’eau. C’est innocent, ou presque. Il y a des garçons et quelques chatouilles. Rien de bien méchant, si ce n’est le regard du village, la désapprobation générale et la honte familiale.

“Les chatouilles, psalmodie la grand-mère. C’est pour les putes. Même phonétiquement, c’est un mot dégueulasse.” Les quatre soeurs se retrouvent enfermées derrière des robes informes et des murs à pics. On les tient cloîtrées jusqu’à ce que les vierges se marient. Mais essayez donc d’enfermer cinq jeunes filles pubères dans une pièce…

Si un réalisateur français (salut Stéphane !) avait réalisé ce film, il aurait peint les murs en noir. Il aurait voilé les filles, de la tête aux pieds, l’aînée aurait pleuré en silence en frappant sa tête contre une gouttière, la cadette aurait le typhus et la grand-mère serait morte écrasée sous sa propre voiture en se garant sur le parking du pôle emploi.

Dieu merci, Deniz Gamze Ergüven est turque. Et lorsqu’elle aborde un sujet très grave, elle le traite comme une comédie solaire. “Trahison !”, crie Stéphane “Esthétisme bourgeois !”. “Yok !” répond Deniz. “C’est pas parce que le sujet est grave que le film doit être moche.”

Bim. Prend ça, cinéma français.

Entre les blagues, les belles images et les saynètes burlesque, la réalisatrice ne perd jamais son sujet. Au passage, elle répond à la question qui obsède les mâles réacs du monde entier : “Que faire de nos filles, quand elles deviennent des femmes ?”

“Foutez-leur la paix”, répond Deniz, avec un joli doigt d’honneur. Malgré l’évidence du propos, elle évite habilement la caricature et le manichéisme. Ambigües, entre le marteau et l’enclume, les mères enferment leurs filles dans l’étau misogyne qui les as brisées, mais elles font tout pour les protéger de la colère patriarcale.

Malheureusement, la jeune réalisatrice (c’est son premier film) perd un peu pied dans la dernière partie, en alignant un ou deux clichés faciles. Des stéréotypes qui font perdre à l’histoire son aspect universel.

“Virgin Suicide en Turquie”, l’image vient vite à l’esprit. Et malgré tout, sans les millions de papa, ni l’appui de l’Hollywood, Deniz Gamze Ergüven a lancé son premier jet bien loin devant celui de Sofia Coppola.

En Bref : Il faut aller voir Mustang. Après les paysages chiants de Nuri Bilge Ceylan, le cinéma truc prouve qu’il sait aussi jouer de la guitare électrique debout sur une chaise. Emouvant, enragé et un peu mièvre, le film ressemble à une adolescente enfermée dans sa chambre un 15 août.

Quand on l’emmerde, elle hurle. Comme cette jeune mariée au soir de sa noce, allongée chez un gynécologue chargé de vérifier sa virginité.

Foutez-leur la paix.

Bordel.

La tête haute. Jeune et folie.

LA TÊTE HAUTE  de Emmanielle Bercot LES FILMS DU KIOSQUE

Faut-il aller voir La tête haute ?

Depuis qu’il sait marcher, Malony marche de travers. Dans les jouets des autres, dans les joints de sa mère, dans la gueule des éducateurs, dans les voitures volées et dans le tribunal de Dunkerque. A 15 ans, Malony ne connait pas ses profs, mais la juge l’appelle par son prénom.

Est-ce qu’on est foutu à 15 ans ? Est-ce qu’on peut vivre heureux loin de la mère ? Faut-il faire des enfants quand on porte un bracelet électronique ? Et c’est la faute à qui, s’ils deviennent dingues ?

La tête haute n’a pas de réponse. La réalisatrice, Emmanuelle Bercot nous épargne les théories sur l’éducation, la repentance et le système de répression infantile. Son film n’a pas de thèse, mais il pose pas mal de questions. A commencer par celle-là : que se passe-t-il quand les adultes ont peur d’un enfant ?

Il y a ceux qui laissent tomber et une poignée de héros imparfaits qui ne baissent pas les bras. A travers le parcours chaotique de Malony, Bercot raconte aussi le combat des juges, éducateurs, directeurs de centre qui n’en finissent plus de lui donner une dernière chance. Leur portrait est troublant.

Le reste est éreintant. Explosif, le film laisse le spectateur à plat. Malony, petite terreur fragile, ressemble à un pain de C4 en zone tropicale : instable au point de faire sursauter le caméraman, imprévisible, impitoyable et impulsif au dernier degré, Rod Paradot est aussi hypnotisant qu’inoubliable.

Oui ça fait beaucoup d’adjectifs.

La prouesse du film, c’est de ne rien pardonner à son personnage principal, sans pour autant le condamner. Il ne s’agit pas de sauver Malony, ni de l’accabler, juste de dresser le portrait d’une bête en cage, qui se jettent contre les barreaux jusqu’à l’épuisement. Et derrière la rage, il y a ce petit garçon apeuré, qui refuse de croire qu’il a une chance et dont la vie est une suite de convocations dans des bureaux.

La matière brute est tellement percutante qu’on oublie un peu le reste : quelques longueurs, des répétitions, un propos un peu diffus et un plan final vraiment très moche. Et pourtant il y’a beaucoup de beauté à Dunkerque, n’en déplaise à Catherine Deneuve.

En Bref : Il faut aller voir La tête haute. C’est Mommy sans le bullshit, sans les gimmicks pop, l’esthétique de pub et la complainte tire-larme. C’est à l’os, puissant, soufflant. Et lorsque le petit frère demande à son ainé si “la juge est d’accord pour qu’on vole des voitures ?” l’intensité dramatique culmine à des hauteurs où l’oxygène se fait rare.

Dans un salon cannois, Maïwenn a regretté que les femmes manquent de testostérone pour être réalisatrices. Bon. Je ne connais pas l’état hormonal d’Emmanuelle Bercot. Mais je crois qu’elle vient de me casser la gueule.

Taxi Téhéran. Jafar balise.

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Faut-il aller voir Taxi Téhéran ?

C’est l’histoire d’un mec qui conduit un taxi à Téhéran. Il croise un voleur de droite, une institutrice de gauche, un nain de jardin et sa nièce, qu’est chiante.

Que se passe-t-il ?

Rien, ou presque. Jafar conduit, avec son demi-sourire et une go-pro sur le volant. Deux femmes vont libérer leurs poissons dans un lac, un pirate vend des films américains bidons, une fille ramène son vieux mari en vrac et une avocate rend visite aux martyrs en prison.

Ça rime presque, mais ça ne rime à rien. Alors quoi ? On s’en fout ?

Non Régis, on ne peut pas s’en foutre. Même sur un blog à la con, qui ne confond pas la politique et le cinéma, on est rempli d’admiration pour ce taxman vidéaste. Parce qu’il s’appelle Jafar Panahi, cinéaste emprisonné, interdit de filmer par la théocratie iranienne, et parce qu’à chaque seconde de ce film clandestin, lui et ses acteurs risquent de se faire arrêter pour passer une année à l’ombre, ou dix, ou plus encore.

Aimer le cinéma, au point de risquer sa liberté pour filmer, de planquer des caméras dans un taxi et d’écrire un huis-clos où les personnages sont tous assis au même endroit, c’est un amour qui impose le respect. Et devant un tel combat, même le Règne ferme sa grande gueule.

Voilà.

Maintenant parlons cinéma.

Et franchement… On s’emmerde dans ce taxi. Les scènes se suivent sans être liées, la jeune actrice lutte avec ses répliques et avec toute l’admiration que j’ai pour Jafar Panahi, le réalisateur n’a pas une once de charisme, de magnétisme ou d’aspérité à l’écran. Ça tombe mal, on passe un plan sur deux à le regarder conduire.

Hors cadre, il écrit pourtant bien. Avec discrétion et pas mal de courage, les dialogues dézinguent l’autoritarisme du régime iranien, mais pas assez pour secouer le spectateur : bercé par le ronronnement du moteur et les jolies liaisons de la langue persane, il a fallu que je me morde les joues, pour ne pas tomber sur le volant.

En Bref :  Il ne faut pas aller voir Taxi Téhéran. Malgré l’éloge critique, malgré l’Ours d’Or de Berlin et malgré l’énorme vivacité du cinéma iranien, l’espace confiné de la voiture trouve très vite ses limites, les saynètes n’échappent pas à l’effet catalogue et le personnage principal est noyé dans son impossibilité de parler librement.

Evidemment, il faut y aller, si vous aimez l’héroïsme du geste, si vous aimez l’Iran, si vous voulez soutenir un combattant de la liberté et si, comme moi, vous admirez ceux qui risquent leur vie pour le cinéma, quand d’autres utilisent le cinéma pour gagner leur vie.

Mais pour toutes ces raisons, vous n’avez pas besoin de mon avis.

Cold in july. Mulet aux prunes.

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Faut-il aller voir Cold in july ?

D’abord j’ai un petit message pour Jim Mickle, le réalisateur de ce thriller sans prétention :

Va te faire enculer Jim.

Qu’est-ce que t’as cru ? Que le cinéma, c’était comme la cuisine ? T’étais devant ta poelle et tu t’es dit qu’on pouvait se faire un petit hot-dog bien gras dégueulasse, parce qu’après tout, on s’en remettrait, parce que ça fait du bien de se faire du mal, et puis tout le monde ne peut pas être Alain Ducasse pas vrai ?

Tu t’es dit merde, on peut rigoler ! On n’a qu’à faire une coupe mulet à Dexter, une moustache poisseuse, et on lui colle deux buddies amorphes pour aller flinguer des tanches. Le scénario ? S’en branle. On mettra du sang partout, le vent fera office de dialogue et on filmera tout ça comme ça. Parce que c’est là. On appuiera sur rec. Comme au mariage de tonton.

Après tout, qu’est-ce qui marche Jimmy ? Michael Bay, Christian Clavier ou ce fils de pute de Guy Ritchie. Des mecs qui font du fric, et qui remplissent les salles. Pourquoi t’y aurais pas le droit toi aussi ? En cherchant un peu, on trouvera même des critiques pour aimer ta bouse. Suffit de bien les ferrer : un peu de musique eighties, Sam Shepard sous prozac et des néons dans le décor. Paf. Ton nanard devient “délicieusement vintage”. Le Monde te compare à Sam Pecknipah. Après tout, une carte de presse, ça peut aussi servir à tracer des lignes blanches sur une table basse.

Bref, une daube. Pas la première. Ni la dernière. Et on pourrait très bien se contenter de hausser les épaules, comme lorsqu’on sort du KFC de Boulogne. C’est pas grave, si ?

Ben si Jimmy.

Parce que sur les millions de types qui rêvent de terminer derrière une caméra, t’as eu la chance de réussir. Sur les millions de mecs qui ont des idées, t’as vendu la tienne. Et une fois derrière, c’est tout ce que t’avais à dire : des minables qui tirent sur des rednecks. Et je t’en veux Jim. Parce que t’as pris mon rêve de môme, mes espoirs d’ados et le but de ma vie et tu t’es torché avec.

T’entend ?

Le bruit à ta porte. C’est moi Jim. J’ai amené mon fouet et un tournevis cruciforme. Je sais pas encore ce que je vais te faire avec, mais tu vas pleurer. Tu vas regretter chaque seconde de l’immense navet que tu viens d’offrir à l’histoire merveilleuse du cinéma.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Cold in July. C’est le pire film de 2014. C’est nul.

Et je passerai plus une seule minute de ma vie à perdre du temps sur cette horreur.

71′. Belfast and furious.

'71 film still

Faut-il aller voir 71′ ?

C’est l’histoire de Gary. Salut Gary ! Un jour Gary arrivait en Irlande et Wow crack Piouuuu Prrrrr Tatatatatata Pow Pow Aaaaah BOUM !

Fiou !

Il s’est caché Gary. C’est n’importe quoi l’Irlande. Tout le monde tire dans tous les sens sur tout le monde tout le temps. Les soldats tuent les mecs de l’IRA, les mecs de l’IRA tuent d’autres mecs de l’IRA avec l’aide de soldats déguisés en flics qui tuent les britanniques par erreur et qui sauvent des soldats avant de tuer d’autres soldats.

Si Ken Loach avait adapté Super Smash Bros dans l’Ulster, il aurait fait un truc comme ça. Le bordel, la poudre et la sueur. Un spectacle horrible et fascinant. D’abord parce qu’on a toujours un peu de mal à accepter qu’il y a eu une guerre civile ultra-violente à trois heures d’avion dans les années 70. Et aussi, parce que le réalisateur nous plonge dedans comme un poisson dans l’huile.

On dérouille.

Certes, les premières minutes font semblant de s’intéresser à la psychologie du personnage principal, mais c’est pour te laisser le temps de trouver une bonne position sur ton siège. Et puis ça commence. Les femmes frappent le sol avec des couvercles de poubelle, la peur se lit sur tous les visages et les hommes sont à bout, bouillants.

Comme promis, rien ne se passe comme prévu. Gary court dans tous les sens, la caméra le suit, nous aussi et à la fin de la première scène on a l’impression d’être aussi essoufflés que lui. Et puis quoi ? Et puis la même chose. La même chose pendant une heure et demie.

Au départ on reste accroché. Il y a un petit garçon pas très crédible mais mignon. Des méchants trop mignons pour être crédibles, mais ça va. Boum. Une jolie explosion plutôt bien faite. Et ça continue. Le héros qui court, les rues qui défilent, les méchants qui le filent. Bon…

Lorsque le pauvre Gary se retrouve mis en joue pour la 15ème fois, on nous fait toujours le coup ultra-ringard du méchant de James Bond : tir dans le mur (qu’est-ce qu’ils visent mal les mec de l’IRA !), pistolet enrayé assez longtemps pour laisser le héros s’enfuir, petit discours pré-mortem pour permettre à la cavalerie d’arriver… Et il faut reconnaître qu’on a déjà vu tout cela deux mille fois, pas forcément en mieux, mais au moins en aussi mauvais.

Et c’est un peu le problème du réal : même si t’es balèze pour tourner les scènes d’action, tu ne peux pas tenir une heure et demi juste avec des mecs qui courent dans la rue, et une demi-discussion tous les kilomètres (“Tu viens d’où ? Derby. Ah ouais je connais. Oh vite les méchants, allez on s’enfuit !”). Bien-sûr, le scénario tente aussi de nous délivrer la complexité de la guerre et de la paranoïa collective, mais on n’a pas le temps de les voir, Gary s’est remis à courir.

A la fin, on y croit plus trop, ou alors on s’en fout : le héros a tellement failli crever qu’on a bien compris qu’il était increvable. Nous par contre, on est un peu fatigués.

En Bref : Il ne faut pas aller voir 71′. C’est bien fait, immersif, et trempé dans un sujet passionnant. Mais le réalisateur se fout pas mal du contexte, il préfère faire péter des murs et courir après Gary.

Et pourtant, comme disait mon amie Nyv, le film peut être vu comme une métaphore de la vie. Surtout si tu considères que la vie se résume à détaler dans des couloirs, poursuivi par des moustachus surarmés qui veulent ton scalp, alors qu’en fait t’as rien fait.

Alors je suis d’accord. La vie c’est ça. Surtout le lundi.