Huppert classe ?

Faut-il aller voir White Material ?

Quelque part en Afrique, une ancienne colonie française est déchirée par une guerre civile. D’un côté, des rebelles corrompus et composés en grande partie de gosses avec des machettes. De l’autre, une armée jusqu’au dents, qui ne fait pas de quartier. Au milieu, une plantation de café, gérée par Maria Vial, une française qui refuse de partir. De plus en plus seuls, les membres de sa famille sentent que leurs jours sont comptés.

En deux jours, voici un nouveau film français sur l’Afrique. Ici, pas de documentaire, mais une évocation fictive, d’une réalité qui sonne juste. Chaque année, plusieurs pays africains implosent sous la pression d’une nouvelle bande de “combattants de la liberté”. A quelques exceptions près, le dictateur en place est remplacé par un autre, et l’Afrique n’avance pas, mais le président français envoie ses compliments.

White Material n’est pas un traité politique. Le pays est fictif, et rien n’est dit sur sa situation sociale comme sur la présence française. Dommage, car il y aurait sans doute beaucoup à dire. Le film préfère suggérer, sans penser à la place du spectateur. Au final, Claire Denis, la réalisatrice, livre un portrait de femme énigmatique dont les images résonnent longtemps après le générique.

Contrairement à une certaine tendance énervante du cinéma français, White Material n’est pas bavard. Plutôt que des discours, la mise en scène raconte une histoire brutale de façon impressionniste. Ici, les corps, les regards et l’ambiance étouffante se chargent de monter le décor. La plupart du temps, c’est très réussi. A plusieurs reprises, Claire Denis tombe dans les écueils habituels du cinéma d’auteur : secouer la caméra pour faire comme les frères Dardenne, filmer une bite en plein écran… Pas grave. Lorsqu’elle filme les errances de ses héros, l’image est si forte qu’on oublie ces maladresses.

Au centre du film, Isabelle Huppert n’a toujours pas l’air sympathique. Secondé par une troupe d’acteurs au top, elle livre pourtant une prestation sans faute de femme forte au bord de la crise de nerfs. Christophe Lambert arrive à ne pas montrer qu’il est idiot et Nicolas Duvauchelle prouve que depuis Braquo, il n’est jamais aussi bon que dans les rôles de grands malades.

En bref : Il faut aller voir White Material. Pour la force des images, pour un point de vue sans concession ni clichés sur l’Afrique contemporaine. Les émotions sont arides, l’air est sec et la musique absolument brillante. Avec Marie N’Diaye au scénario, on espérait sans doute plus de sens, un message. Au lieu de ça, on nous laisse un goût amer et désabusé. Parfois, on se demande ce que White Material veut nous dire. Mais y a-t-il beaucoup à dire sur la guerre ?

N’empêche, à la fin du générique, j’ai compris que j’avais vu un putain de film.