Blue Jasmine. Cate bored.

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Faut-il aller voir Blue Jasmine ?

Jasmine est une bourgeoise sans argent. Elle vit sans vivre avec sa soeur sans lien de parenté à San Francisco. Tout est faux dans son monde, même son prénom. Par contre, c’est vrai qu’elle parle aux réverbères.

François Bégaudeau dit que Woody Allen ne fait pas de films, mais qu’il filme des livres. C’est un peu vrai. Dans Blue Jasmine, la caméra n’est qu’un vecteur pour transmettre le scénario aux spectateurs. Pas un plan, pas une valeur ni un mouvement de caméra ne dérogent à la règle du champ-contrechamp et quand tous les personnages quittent la pièce, le chef op filme les murs, sans trop savoir quoi faire de son cadre.

Allen oblige, la mise en scène est sobre, presque théâtrale, et consiste globalement à faire passer les personnages d’une pièce à l’autre. Que reste-t-il ? Le scénario. Heureusement qu’il est bon.

Tout est à craindre du binoclard inégal quand il raconte cette confrontation entre deux milieux antagonistes : des généralités sur les riches, une caricature des pauvres… Et au début, ça y ressemble un peu. Ancienne mondaine à la masse, Jasmine déblatère toute seule sur la richesse de son ex-mari et se pince le nez devant le trois pièces de sa soeur. Tout sonne un peu faux, et dans la salle, on commence à repérer la sortie.

Mais heureusement, Woody n’a pas décidé de faire une satire. Tout au long du film, il montre une tendresse pour ses personnages que l’on n’avait plus beaucoup vue depuis Annie Hall (mais je dois reconnaître que je vais voir un Allen sur deux). Exit les blagues à deux balles ou les polars mous. Le réalisateur dessine le portrait assez touchant des femmes en robe Dior qui se retrouvent à la porte du Hilton du jour au lendemain.

Au coeur de chaque plan, Cate Blanchett est encore plus juste qu’à son habitude. Les multiples nuances de son jeu la placent en bonne position pour les oscars. Elle mériterait de jouer dans des films.

En Bref : Il faut aller voir Blue Jasmine. Woody Allen arrête de faire des jeux de mots sur la psychanalyse pour retrouver une certaine sensibilité. Mais face à l’actuelle affluence de bons films à l’affiche, il n’est pas criminel de rater sa nouvelle livraison.

Après, on aimerait bien parfois que les acteurs se taisent. Juste quelques minutes, pour laisser parler leurs visages. Surtout lorsqu’ils sont aussi expressifs.

La loi m’oblige à vous signaler que j’ai été lourdement subventionné pour citer les marques Hilton et Dior dans cet article. Si on se croise, je vous paye une coupe.

To Rome with Love. Rome en toc.

Faut-il aller voir To Rome with love ?

Ce qui est cool avec les vieux, c’est que plus ils vieillissent, plus ils s’en foutent. Il y a quelques années, Woody Allen aurait probablement écrit un scénario cohérent pour rassembler tous les personnages de son film choral, il aurait au moins essayé de donner une forme de cohésion visuelle ou morale à ses quatre histoires mélangées. Là non.

Sans trop de cohérence, son film mélange à peu près toutes les vieilles recettes du cinéaste à lunettes : la comédie romantique, les contes philosophiques absurdes et une palanquée de gonzesses en robes légères.

C’est coolos. On retrouve avec plaisir mais sans surprise ses monologues hypocondriaques, ses psychanalystes dépressifs et ses vannes à deux balles sur l’art contemporain. Dans l’une des histoires, un chanteur d’opéra fait carrière sous la douche, ce qui rappelle avec plaisir les conneries que le cinéaste écrivait dans ses premiers bouquins.

Au final, To Rome with love est l’euromovie le plus fainéant de Woody Allen, mais aussi le moins guindé. Les acteurs jouent plutôt bien, Rome est une jolie ville et tout le monde est content d’être là. Deux jours après, il est difficile de s’en rappeler, mais sur le moment, on rigole bien.

C’est dans les vieux pots qu’on refait les vieux plats.

En Bref : Il ne faut pas aller voir To Rome with love. D’une certaine manière, on l’a déjà vu plusieurs fois. D’ailleurs j’ai l’impression d’avoir déjà écrit cette critique.

Mais s’il se remet à pleuvoir et que vous êtes avec vos copains, c’est toujours mieux que d’aller vous emmerder devant Madagascar 8.

Minuit à Paris. Mauvais Allen.

Cotillons

Faut-il aller voir Minuit à Paris ?

Attention, je vais révéler des trucs sur l’histoire, mais ne vous en faites pas, d’ici la fin de cette critique, vous aurez plus envie d’y aller.

Gil est un américain moyen. Ennuyeux, ennuyé et fiancé avec une connasse vénale élevée par des éléphants, il regarde sa vie passer, en essayant d’écrire un livre. Gil ne se marre pas souvent, mais il se marie bientôt. Lors d’un voyage pré-nuptial, il se perd dans les rues de Paris. Chaque nuit, il y emprunte une carriole spatio-temporelle qui le ramène dans les années 20. Il y taille des crayons avec Picasso, fume des pipes avec Dali et tombe amoureux de Marion Cotillard. Au fil de ses pérégrinations dans le passé, il se rend compte qu’il est en train de rater sa vie présente.

Le film entier est pompé sur une nouvelle écrite par Woody Allen dans le merveilleux « Pour en finir une fois pour toute avec la culture ». Le recueil date de 1971 c’est dire si le cinéaste New-Yorkais se renouvelle… Sauf que là, on ne rigole pas souvent et c’est plus long.

D’un bout à l’autre, Minuit à Paris est cheap. Owen Wilson promène son manque de charisme dans des cadrages moches, la mise en scène est bâclée et les images ressemblent à des cartes postales surexposées. Pire que tout, Carla Bruni arrive à bégayer dans chacune de ses trois petites répliques. Même le fond de l’histoire -qui se moque gentiment des romantiques- est beaucoup trop lourd pour élever le reste. Au final, derrière des atours un peu originaux, Allen livre une bluette sympathique que l’on oublie tout de suite en sortant de la salle.

On peut s’en satisfaire. On peut aussi attendre mieux du réalisateur d’Annie Hall. D’un film à l’autre, Woody Allen régresse depuis une dizaine d’années (à quelques exceptions près). Talentueux, mais brouillon, le binoclard neurasthénique le plus drôle du monde se borne à faire un film par an, en jouant de la clarinette entre les tournages. Forcément, sa livraison annuelle laisse un arrière-goût d’inachevé, comme les articles d’un bon journaliste qui refuse de se relire.

Pour revenir au film, comme l’écrivait justement Kichou, on reste un peu gêné devant cette peinture idyllique de la ville lumière. Forcément, lorsqu’on prend un taxi pour aller du George V au Pont-neuf, on ne prend pas la ligne 13. Et franchement, l’accordéon, y’en a marre.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Minuit à Paris. On n’y passe pas un moment désagréable, mais le tout manque de travail et de précision. Dommage, si le cinéaste passait une année sur deux à travailler ses scénarii, il pondrait encore des chefs-oeuvre.

A la fin, Gil découvre que dans le passé aussi, on trouvait que « c’était mieux avant » et il décide de vivre au présent. Malheureusement, le film ne parvient pas à imposer sa morale et on finit persuadés du contraire : Woody Allen, c’était bien mieux avant.