Marguerite. Du chant sur les murs.

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Faut-il aller voir Marguerite ?

Putain.

Je viens de me fracturer le plateau tibial. Plus de marche pendant deux mois minimum. C’est peut-être la dernière critique de film que vous lisez ici avant un moment…

Et c’est peut-être mieux, parce que je vais parler des comédies françaises. Qu’est-ce que c’est ? Les comédies françaises, c’est Daniel Auteuil et François Cluzet qui font du bateau. Ils rigolent, boivent du vin et draguent des filles qui ont vingt ans de moins qu’eux (mais dont le père est acteur). Autant dire, que j’avais drôlement envie d’aller voir Marguerite.

C’est l’histoire d’une aristo qui chante faux comme un régiment de scies sauteuses. Son mari lui ment, ses amis lui sourient et tout le monde se fout de sa gueule quand elle a le dos tourné. Et le do, comme le ré, elle les a bien tournés, torsadés même. Comme mon genou, bordel.

De là, Xavier Giannoli pourrait démarrer une comédie tordante sur une comtesse tordue. On rirait de ses trilles stridentes, on la ferait moche et méchante, et on inviterai Michael Youn dans le rôle de Philémon, le valet gaffeur. Ahah.

Xavier Giannoli fait tout le contraire.

Sa soprano coloratée est une larme de pureté, le miroir immaculé d’un monde dégueulasse. Ingénue, généreuse, allumée, Marguerite chante mal mais c’est le monde autour d’elle qui est mauvais : thuriféraires, manipulateurs et hypocrites de toutes obédiences, personne n’ose lui dire la vérité, au point de lui faire croire qu’elle est brillante, et de la précipiter vers la honte.

Au centre de ce carnaval, une question faussement simple : Faut-il dire une vérité méchante ou un mensonge flatteur ? En cherchant la réponse, les personnages font face à eux-mêmes. Mentent-ils pour la protéger ? Ou simplement par lâcheté ? Et au nom de quelle courage pourrait-on retirer à cette femme sa raison de vivre ?

Encore une fois, le réalisateur pourrait en rester là : faire le portrait piquant d’une société de lâches hypocrites. Mais il va plus loin : jamais condamnés, ses personnages évoluent tous au contact de la cantatrice fausse. Moqueurs, méprisants, menteurs, ils plient le genou (eux ils peuvent) face à la beauté pure d’une passionnée. Et au final, en donnant sa vie à un art qu’elle massacre, Marguerite les sauve.

Leur émotion face à elle, la tendresse infinie avec lequel le réalisateur filme chacun de ses personnages, seraient capables de me réconcilier avec tout le cinéma français d’un coup.

Presque.

En Bref : Il faut aller voir Marguerite. Le scénario est une leçon de finesse et d’intelligence. Les stéréotypes sont écrasés sous un rouleau-compresseur de tendresse et une galerie de personnages formidables (Michel Fau et Denis Mpunga sont excellents, Catherine Frot est parfaite).

Bien-sûr, tout cela avance sans trop cahoter ni surprendre et la caméra ne se démène pas pour nous décrocher la mâchoire. En revanche, il est fort probable que vous vous pétiez le genou quelques jours après. N’oubliez pas votre carte vitale, sinon ces enculés ne vous filerons même pas de béquille.