Le bruit des glaçons : french cancer ?

Faut-il aller voir Le bruit des glaçons ?

Charles est un écrivain qui n’écrit pas. Sa femme s’est barrée avec leur fils depuis qu’il leur préfère une bouteille de blanc. Charles regarde sa vie passer, assis dans une résidence paumée, avec son sceau à glace à la main. Charles est un mec qui craint. Quand son cancer vient sonner chez lui “pour faire connaissance”, ça sent le sapin.

Au départ, on est pas bien sûr de comprendre ce qu’on fout là. Tout le monde parle à la caméra. Les dialogues sentent l’alcool. Jean Dujardin a une barbe et la mise en scène est foutraque et théâtrale. A ce bordel déjà notoire, il faut ajouter la présence flippante de Dupontel coiffé d’une choucroute affreuse. On prend peur.

Le bruit des glaçons est un film de lendemain de cuite. Tout y est vaporeux, profondément tragique et joyeux la minute après. Le sujet est grave : la mort, le cancer, l’espoir. Le film en parle brillamment. Sans pudeur, et loin du discours édulcoré ambiant. Très bons, les dialogues rappellent les débats métaphysiques que l’on ne peut avoir qu’en fin de soirée autour d’un fond de bouteille.

Si la question posée par le film devait être résumée, elle pourrait être celle du fils de Charles : vu que tout le monde prend des antidépresseurs, que les mecs boivent, que les femmes dépriment et que les couples divorcent, est-ce que ça vaut le coup de vivre ? La réponse donnée est belle et profonde. Le bruit des glaçons donne l’impression de côtoyer la mort, on en sort attiré par la vie. D’ailleurs, avec mes potes, on a été boire un verre de blanc.

Le film n’est pas exempt de défauts, on peut même y être carrément hermétique. Rien n’est réaliste, on a souvent l’impression que l’équipe du film était aussi bourrée que ses personnages et Albert Dupontel est définitivement un mec avec lequel on a pas envie de rester coincé dans un ascenseur. Mais c’est parce que le film bouscule tous les codes qu’il est si important. Avec l’air de s’en foutre, Bertrand Blier réinvente le flashback, et offre une mise en scène hyper-travaillée et ingénieuse.

Pour continuer dans la dithyrambe, la musique est formidable et les plans profitent d’une utilisation judicieuse de la steadycam. Cerise sur ce gâteau réjouissant, les acteurs sont parfaits. Au cœur du film, Dujardin pulvérise son image d’acteur comique à minette en montrant une facette sombre, fragile et cynique qui lui va à merveille.

En bref : Il faut aller voir Le bruit des glaçons. Parce que ça fait des années que le cinoche français s’enlise. Argument suprême : Les cahiers ont démonté le film. Ils sont le dernier avatar sclérosé de ce cinéma poseur est prétentieux qui pense que pour faire un bon film, il faut faire un film chiant et pathétique.

Avec le formidable Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, Werner Herzog montrait cette année que les vieux réals sont les plus couillus. Blier confirme. Il livre un objet punk, décalé, immoral, drôle et émouvant. Et ces temps de disette, où les films bavards se partagent l’écran avec les comédies débiles à deux neurones (j’ai pas pris la peine de critiquer Fatal ici mais c’est le truc le plus affligeant que j’ai vu cette année), Le bruit des glaçons est une putain de bénédiction.

De tout ça, une seule conclusion : Allez les vieux !