Piranha 3D : Un poisson violent.

Faut-il aller voir Piranha 3D si on a des neurones ?

Il y a des films qui prennent le critique snob à rebours. Allant voir un film de série B mettant en scène des jeunes filles en bikinis poursuivies par d’affreux poissons en 3D, le critique snob pense déjà à son titre : “Piranha 3D est un film débile”. C’est quasiment marqué dans le titre, le critique aiguise son couteau. Oui mais voilà, si Piranha 3D porte un message, c’est justement celui-ci : “JE SUIS UN FILM DÉBILE !”

Jake est un ado pas très à l’aise avec les filles. Il vit avec sa mère dans la petite ville de Lake Victoria. Autant dire qu’il louche un peu quand une tribu de gonzesses quasiment à poil se ramène dans sa ville. C’est le Spring Break, les étudiants viennent faire la teuf sur le lac, l’alcool coule à flot et Jake se retrouve embarqué sur le bateau d’un réalisateur érotomane cocaïnophile. Au fond de l’eau, les Piranhas préhistoriques se lèchent les babines.

Film débile donc, et complètement assumé. En une heure trente, il y a plusieurs douzaines de jolies filles en bikini qui enlèvent le haut, de l’électro péchue à plein volume, des scènes érotico-aquatiques poignantes, un massacre sanglant, une histoire d’amour sirupeuse et des poissons beliqueux. Alexandre Aja, le réalisateur frenchy, a rassemblé tous les films d’ados du monde pour caler leur substantifique moelle au milieu d’un lac. Et quand je parle de moelle, je pèse mes mots.

Piranha 3D est le film le plus gore qu’il m’ait été donné de voir. Les membres volent, les viscères s’étalent et les os craquent. Le tout culmine dans une scène mythique où une vedette traverse littérallement une marée humaine, explosant tout sur son passage. Si tout le monde se marre dans le cinéma, en poussant des grands cris d’orfraie, on peut légitimement trouver ça malsain et absolument dégueulasse. Surtout si on a fait du scoutisme.

Au-delà de ce grand n’importe quoi, Aja montre tout de même des qualités de cinéaste : son film fait moins peur qu’un Rec et moins sursauter que le terrible Jusqu’en enfer (qui m’a rendu cardiaque), mais il génère tout de même une belle tension par moment, en utilisant la bonne vieille recette du “tout ce qui est dans l’eau peut potentiellement se faire bouffer”. Les plans aquatiques sont bien foutus, les couleurs sont jolies et les personnages sont complètement caricaturaux, donc forcément réussis.

En bref : Il faut aller voir Piranha 3D. Si on a été adolescent à l’époque d’American Pie, et si on veut aller au cinoche sans se prendre la tête ou si on est soit même un peu débile, c’est le film le plus fun de l’été. En une heure trente de rythme endiablé, Aja orchestre un spectacle primaire et régressif qui procure un certain plaisir coupable.

Du fun donc, mais pas une once de fond dans ce grand lac. On ne pourra pas en vouloir à ceux qui sont trop vieux pour ces conneries. Mais on peut quand même les plaindre : s’emmerder devant Oncle Boonmee et le reste de la sélection cannoise, c’est pas drôle tous les jours… Si ?