Les adoptés. Mélo, Restau, Bobos.

Laurent le jour

Faut-il aller voir Les adoptés ?

C’est l’histoire d’une famille recomposée qui vit dans une pub pour smartphone. Lisa fait de la guitare sèche dans des bars obscurs et travaille chez un luthier parisien le jour. Sa soeur adoptive vend des livres en anglais dans une librairie boisée, le soir elle regarde des vieux films américains en récitant les dialogues. Elles vivent autour de leur mère, qui clope en coupant des fleurs et les trois femmes s’occupent du fils de Lisa, qui vit dans une pub kinder.

Un jour de pluie d’orage, un critique gastronomique au regard viril et tendre tombe amoureux de la libraire. Ils vivent un amour hors-norme et intense, malgré des disputes passionnées et romantiques. Mais un jour, c’est le drame.

Heureusement d’ailleurs, parce qu’on commençait à s’emmerder un peu. Pendant les trois premiers quarts d’heure, la réalisatrice fait le portrait idyllique d’une passion banale dans un univers ou le mauvais goût n’existe pas. Quand les héros sortent de leurs appartements spacieux, c’est pour aller bosser dans des endroits bien aménagés où ils ne foutent pas grand chose avant d’aller manger dans un restaurant chic ou boire un coup dans un bar chébran.

Irritante, cette perfection est soulignée par une image léchée et souvent magnifique. Chaque cadrage est travaillé comme une photo d’art et l’utilisation abusive du flou se succède aux ralentis artistiques. C’est beau, okay, mais les personnages sont si stéréotypés qu’on ne s’y attache pas.

Heureusement donc, le drame se pointe à mi-chemin. Pudique, Mélanie Laurent -qui réalise son premier long-métrage- évite de nous tirer les larmes et réussi parfois à créer l’émotion. Malgré tout, elle ne parvient toujours pas à se défaire des clichés parisiens et snobs dans lesquels ses personnages sont engoncés.

Trop bobo pour être beau, Les adoptés a tout de même deux mérites non-négligeables : mettre en valeur la superbe musique de Jonathan Moralli, chanteur génial de Syd Matters, et porter la lumière sur Denis Ménochet, acteur intense et magnétique.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Les adoptés. Malgré des qualités cinématographiques évidentes, Mélanie Laurent oublie de se rapprocher de ses personnages et finit par s’éloigner du cinéma. Assurément, elle mérite une deuxième chance.

Ces derniers temps, la golden-girl du cinéma français a pris un peu la grosse tête : après son album moyen et ses colères un peu ridicules, elle était la cible idéale des quolibets un peu bas. Son film offre une occasion de nous réconcilier avec elle : finalement, on l’aime plutôt bien de l’autre côté de la caméra.